puisqu'il faut lâcher le grand mot, nous sommes réduits à _raisonner_. Mais aussitôt nous voilà assaillis par cette clameur: Vous êtes des théoriciens, des métaphysiciens, des idéologues, des utopistes, des hommes à principes,--et toutes les préventions du public se tournent contre nous. Que faire donc? invoquer la patience et la bonne foi du lecteur, et jeter dans nos déductions, si nous en sommes capables, une clarté si vive que le vrai et le faux s'y montrent à nu, afin que la victoire, une fois pour toutes, demeure à la restriction ou à la liberté. J'ai à faire ici une observation essentielle. Quelques extraits de ce petit volume ont paru dans le _Journal des Économistes_. Dans une critique, d'ailleurs très-bienveillante, que M. le vicomte de Romanet a publiée (Voir le _Moniteur industriel_ des 15 et 18 mai 1845), il suppose que je demande la _suppression des douanes_. M. de Romanet se trompe. Je demande la suppression du régime protecteur. Nous ne refusons pas des taxes au gouvernement; mais nous voudrions, si cela est possible, dissuader les gouvernés de se taxer les uns les autres. Napoléon a dit: «La douane ne doit pas être un instrument fiscal, mais un moyen de protéger l'industrie.»--Nous plaidons le contraire, et nous disons: La douane ne doit pas être aux mains des travailleurs un instrument de rapine réciproque, mais elle peut être une machine fiscale aussi bonne qu'une autre. Nous sommes si loin, ou, pour n'engager que moi dans la lutte, je suis si loin de demander la suppression des douanes, que j'y vois pour l'avenir l'ancre de salut de nos finances. Je les crois susceptibles de procurer au Trésor des recettes immenses, et, s'il faut dire toute ma pensée, à la lenteur que mettent à se répandre les saines doctrines économiques, à la rapidité avec laquelle notre budget s'accroît, je compte plus, pour la réforme commerciale, sur les nécessités du Trésor que sur la force d'une opinion éclairée. Mais enfin, me dira-t-on, à quoi concluez-vous? Je n'ai pas besoin de conclure. Je combats des sophismes, voilà tout. Mais, poursuit-on, il ne suffit pas de détruire, il faut édifier.--Je pense que détruire une erreur, c'est édifier la vérité contraire. Après cela, je n'ai pas de répugnance à dire quel est mon voeu. Je voudrais que l'opinion fût amenée à sanctionner une loi de douanes conçue à peu près en ces termes: Les objets de première nécessité paieront un droit _ad valorem_ de 5% Les objets de convenance 10% Les objets de luxe 15 ou 20% Encore ces distinctions sont prises dans un ordre d'idées entièrement étrangères à l'économie politique proprement dite, et je suis loin de les croire aussi utiles et aussi justes qu'on le suppose communément. Mais ceci n'est plus de mon sujet. I.--ABONDANCE, DISETTE. Qu'est ce qui vaut mieux pour l'homme et pour la société, l'abondance ou la disette? Quoi! s'écriera-t-on, cela peut-il faire une question? A-t-on jamais avancé, est-il possible de soutenir que la disette est le fondement du bien-être des hommes? Oui, cela a été avancé; oui, cela a été soutenu; on le soutient tous les jours, et je ne crains pas de dire que la _théorie de la disette_ est de beaucoup la plus populaire. Elle défraie les conversations, les journaux, les livres, la tribune, et, quoique cela puisse paraître extraordinaire, il est certain que l'économie politique aura rempli sa tâche et sa mission pratique quand elle aura vulgarisé et rendu irréfutable cette proposition si simple: «La richesse des hommes, c'est l'abondance des choses.» N'entend-on pas dire tous les jours: «L'étranger va nous inonder de ses produits?» Donc on redoute l'abondance....
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Andrew Harris
1 year agoI had low expectations initially, however the pacing is just right, keeping you engaged. Thanks for sharing this review.